Les Mottes d 'ERVY LE CHATEL

A l’est d’Ervy, au bord de l’Armance, tous les ervitains connaissent le pont des Mottes. A proximité, s’élèvent deux buttes artificielles de terre, couvertes de végétation que l’on appelle les Mottes.

Ces Mottes ont une forme de cône arasé au sommet. Elles sont entourées d’un fossé qui les rend plus impressionnante encore.

La plus haute mesure une dizaine de mètres de hauteur, pour un diamètre de 50 mètres à sa base et 20 mètres à son sommet. La seconde Motte est moins haute et un peu moins large, 40 mètres à sa base. Il en existe une troisième:

la motte Bouillot de l’autre côté de l’Armance, celle-ci a pratiquement disparu, victime de l’activité agricole.

En 1832, M Camus Chardon rapporte que trois tertres analogues aux Mottes existaient sur le chemin de Monthierault, elles ont été détruites et la terre a été répandue sur le sol qui les entoure(MSAA 1832).

Leur existence a été confirmée par l’archéologie aérienne.

LES MOTTES A TRAVERS LA PETITE ET LA GRANDE HISTOIRE, L’ŒUVRE DE GARGANTUA?

La tradition orale rapportée dans L’Aube mystérieuse de l’abbé Jean Durand prétend que les Mottes d’Ervy sont en fait les «> décrottures> » des sabots du géant Gargantua.
*En savoir plus..

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LA CROIX DES MOTTES

En avril 1732, un nommé Jean Thuillier, aubergiste à Ervy, a fait dresser une croix en haut de la plus haute des mottes, agrémentée d’une charmille et de marronniers .Une procession s’y faisait chaque année. Cette croix a été abattue par des ouvriers, ennemis de la religion, employés à la construction de la ligne du chemin de fer (1891), toute proche, et n’a pas été remplacée depuis.

Source> : MR P.F. ECALLE notes sur Ervy le châtel> ».

PLUSIEURS FOUILLES AU 19 e SIECLE.

Au 19éme siècle, on considérait comme acquis le fait que les Mottes d’Ervy soient des tombelles gauloises.

Dans le but de démontrer cette théorie que la moins haute des deux mottes a été fouillée par François Edouard Jourdain, maire d’Ervy de 1826 à 1830. C’était un numismate, collectionneur de plus de 12000 monnaies qui fit don à la ville de Troyes d’un beau médailler, rempli de ses collections, en échange d’une rente viagère.

C’était ce que l’on appelait à l’époque un antiquaire> ; c’est-à-dire un collectionneur d’antiquités ; un amateur sans formation car le métier d’archéologue en était à ses prémices.

Les fouilles, mal exécutées n’aboutirent, officiellement, qu’à la déformation du tertre; aucune découverte notoire n’a été signalée.

Source> : MR P.F. ECALLE «> notes sur Ervy le châtel. Ervy lettré: essai de bio-bibliographie cantonale 1908 d’ Ernest Choullier

On peut lire que Monsieur Habert ( Louis –Théophile- Aphrodise ) fit pratiquer des fouilles à Auxon ….., puis à Ervy , dans les monticules des bords de l’Armance , appelés les Mottes, et dans les bois de la Maison-Rouge (entre Ervy et Chêne-merlin), territoire d’Ervy , ou existait au XVll e siècle , une faïencerie». Mr Habert est décrit comme archéologue et collectionneur distingué; membre de la société française d’archéologie et de l’académie de Reims. Il venait souvent visiter son père qui exerçait la profession de géomètre à Ervy. Il s’installe à Troyes en 1870 et s’adonne dès lors à la recherche de faïences et porcelaines anciennes.

La fouille des mottes serait donc intervenue entre cette date et la date de sa mort en 1899. Il fit don de sa collection de faïences, ainsi que des objets antiques extraits de ses fouilles à la ville de Reims qui en forma un musée archéologique, dont Mr Habert fut nommé conservateur».

DE QUOI S’AGIT-IL? TUMULUS OU MOTTE CASTRALE?

PREMIERE HYPOTHESE: LA MOTTE CASTRALE:

Lecture :

La présence de ces deuxtertres a de tous temps beaucoup intrigué; toutes sortes d’hypothèses ont été développées. Les récentes découvertes de l’archéologie médiévale ouvrent de nouvelles perspectives; les Mottes d’Ervy ne seraient pas des tumuli recouvrant des tombes «gauloises ou celtiques» comme on le pensait jusqu’alors, mais pourraient être une motte castrale.

Une motte castrale est une sorte de cône aux flancs pentus ; sa hauteur se situe approximativement entre 4 et 15 mètres; les mottes d’ervy entrent parfaitement dans les critères. La motte castrale est constituée de terre, tirée du fossé circulaire qui l’entoure et de couches de gazon, structurées en couches de consolidation.

Le fossé, parfois en eau, peut être bordé par un remblai de quelques mètres de haut surmonté d’une palissade en bois qui délimite la «basse-cour».

La motte est surmontée d’une tour en bois, de plan rectangulaire, haute de plusieurs étages. C’est elle qui assure la surveillance; son rôle défensif peut être renforcé par une palissade propre qui circonscrit la «haute –cour». L’accès, s’effectue par une barbacane (sorte de tunnel couvert) qui enjambe le fossé et la palissade principale.

Dessin d’une motte castrale

On voit que la plupart des critères caractérisant une motte castrale semblent applicables aux mottes d’Ervy.

Partant de cette hypothèse, le choix de l’emplacement aurait pu être destiné à la surveillance du gué de l’Armance, au lieu-dit le pont des mottes.

On sait que «la prairie» restait submergée plusieurs mois durant (entre Ervy et Chessy ou bien Davrey).

Aucun pont solide n’a été construit avant le XVIIIème siècle, les ponts de bois étaient régulièrement emportés. En dehors des périodes d’invasions, l’économie connaissait un essor important et le commerce était florissant, selon un axe nord-sud qui passait par la région. Le seigneur local pouvait aisément contrôler le passage et taxer toutes les marchandises qui transitaient. Le lieu aurait été abandonné, pour construire le château fort en pierre qui constitue le cœur de la cite d’Ervy le Chatel.

L’hypothèse de la motte castrale est séduisante et tout à fait vraisemblable.

SECONDE HYPOTHESE: LE COMPLEXE FUNERAIRE

Cependant comment expliquer la présence de la seconde motte; à notre connaissance, il n’existe pas de cas recensé de double motte castrale. Voir le site internet Wikipédia:liste des mottes castrales et châteaux à mottes».

De même, la présence de la troisième motte de l’autre côté de l’Armance et la trace de 3 autres mottes à Monthierault distant de 500 mètres (présence confirmée par photographies aériennes) ne s’expliquent pas dans l’hypothèse de la motte castrale.

La récente découverte du complexe funéraire du Moutot à Lavau, lors de fouilles préventives relance la piste d’un complexe funéraire.

En effet, cette tombe à char datant du v ieme siècle av. J.C était recouverte d’un tertre tumulaire d’une quarantaine de mètres de diamètre et d’une dizaine de mètres de hauteur .le tumulus était ceint d’un fossé et d’une palissade. Il était accolé à un enclos funéraire rectangulaire comprenant deux autres tumuli de moindre importance.

Comparé au site des Mottes d’Ervy, on constate que les formes et les dimensions sont approchantes; La présence de fossés formant une enceinte tend à conforter l’hypothèse du complexe funéraire.

TROISIEME HYPOTHESE: TUMULUS ET MOTTE CASTRALE

Une troisième hypothèse est possible. Dans de nombreux cas, le tumulus néolithique a été réutilisé en motte castrale.

C’est ce que rapporte Alain Hourseau à propos de la motte du «moulin blanc» à Auxon; bien que semblant se rattacher à l’époque féodale, Gabriel Groley se demande «si cette motte pourrait tout aussi bien être un tumulus réadapté, cela pourrait être le cas à Ervy. Seules des fouilles approfondies permettraient de trancher sur la nature des Mottes d’Ervy le Chatel.

Actuellement, seules des fouilles de sauvetage en prévision de la construction d’une autoroute ou d’une rocade sont réalisées; ce qui n’est pas notre cas, fort heureusement.

Le mystère des Mottes d’Ervy risque donc de durer encore longtemps.

LA PROTECTION DU SITE

Le site mériterait d’être mieux connu des visiteurs mais aussi des ervitains:

connaitre les origines et l’histoire de cet endroit extraordinaire, inspirerait à n’en pas douter du respect pour le lieu.

Une mise en valeur et quelques barrières de protection achèveraient de mettre le monument à l’abri des visiteurs irrespectueux.

Sources: Alain Houseau «de la préhistoire aux celtes: canton de Bouilly, Ervy le Chatel et Troyes», Jean Durand «L’Aube mystérieuse», Laurent Denajar «Carte archéologique de la Gaulle: Aube» , MR P.F. Ecalle «notes sur Ervy», Ernest Choulier «Ervy lettré: essai de bio-bibliographie cantonale». *(cliquer sur le lien)